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Bienvenue au vaudeville La photo du jour

La photo du jour
Bienvenue au vaudeville La saison 2009 - 2010

Une heure et demie de retard
de Gérald Sibleyras et Jean Dell


Mise en scène :
Philippe Vincent


le 4,5, 8, 9, 10, 11, 12 juin à 20h15
Séance supplémentaire le dimanche 13 juin à 16h15 !
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Bienvenue au vaudeville L'article du mois
Une belle discipline du rire au service d’un classique : « Oscar »
Oser monter « Oscar » de Claude Magnier peut paraître plutôt audacieux tellement la pièce est liée au souvenir éblouissant de l’interprétation de Louis De Funès. Pourtant, le Vaudeville nous a prouvé que non seulement il en avait l’audace mais aussi les moyens. Tout d’abord il faut saluer chapeau bas la scénographie magnifique de Michel Beaudry qui nous replonge merveilleusement dans l’atmosphère très « nouveau riche » d’un intérieur bourgeois de la fin des années 50. D’un mélange audacieux de couleurs réparties en taches ou en bandes dans une association presque almodovienne, elle constitue une véritable création artistique de tout premier plan aux résonances encore ravivées par une bande son reprenant délicieusement des standards de la chanson de cette époque « heureuse ». Bravo !

S’y inscrit la mise en scène de Philippe Vincent qui maîtrise son sujet avec brio servant ce vaudeville un peu gros avec le même respect et la même inventivité que s’il s’agissait d’un chef-d’œuvre. Nous ne résistons pas au désir de citer Philippe Vincent, le maître d’œuvre lui-même, tellement sa prose dans le programme nous fait rougir d’envie par sa pertinence et sa qualité ! « Oscar, assurément, est un classique du rire. Bien sûr, il n’a pas la profondeur des pièces de Molière. Il n’a pas l’acidité féroce des pièces d’Anouilh, la modernité des pièces de Beckett. Mais il a le rythme du premier, l’aisance des dialogues du second et le sens de l’absurde du troisième… »

On ne peut dire mieux. Mettre dans une direction d’acteurs ces trois qualités fondamentales tout en évitant d’en faire trop et de copier De Funès donne un résultat des plus convaincants. Ajoutez à cela la justesse d’un casting remarquable entraîné par une locomotive comme Georges Léglise et vous offrez une soirée de grande qualité. Petit bémol au départ : des mouvements de va-et-vient un peu répétitifs du personnage central faisait un rien craindre pour la suite des hostilités comiques comme si la mécanique peinait un peu à prendre son rythme de croisière avant de nous emporter. Bien sûr Georges Léglise ne peut s’empêcher dans sa gestuelle de rappeler quelques traits propres à De Funès mais il ne s’agit que de doux clins d’œil au public et jamais de charge dans la caricature. Il imprime à la représentation un rythme propre, trépidant, léger, jamais outré. Pour tenir tête à cette force de la nature en épouse snob, fofolle et volubile, Kathy De Stercke fait merveille dans une interprétation personnelle de classe qui fait presqu’oublier les Claude Gensac et autres Yvonne Clech.

A nouveau, Georges Kesselidis nous surprend en nous donnant encore une autre facette de ses possibilités. Il inscrit son aspect de fort à bras dans la personnalité assez subtile, trouble et rusée de Martin non sans une jolie dose d’humour pince-sans-rire. Véritable contre-emploi solidement assumé au service du rire, Eric Mahieu prête avec une générosité sans complexe sa « plastique » rondouillarde et courtaude au personnage caricatural du masseur. Céline Scohier développe une belle énergie et une naïveté convenue mêlée de duplicité dans le rôle de l’héritière Barnier. Mélissa Pire joue une bonne se muant en baronne avec une insolence, un flegme et un côté dragueur qui enrichissent manifestement le personnage. Que dire de Danila Di Prinzio sinon qu’elle est parfaite, ce qui semble devenir pour elle une habitude ? Quant à Aline Danau, la nouvelle bonne, mère de la fille inconnue de Barnier, et Benoît Anciaux (Oscar, le chauffeur fuyant constamment et réapparaissant comme un diablotin sorti de sa boîte), ils ont la tâche difficile de prendre le train surchauffé en marche et ils le font avec aisance et vérité.

Nous n’hésitons pas à terminer ce billet par la conclusion du metteur en scène lui-même (n’oubliez pas d’acheter le programme rien que pour ça). « Nous avons essayé d’être à la hauteur. Nous avons travaillé parce que le rire est une école d’exigence, de discipline et de folie… Il n’est pas difficile d’être fou ; il n’est pas difficile d’être discipliné ; il est rare d’être fou et discipliné… » Voilà une discipline qui nous a fait passer une soirée des plus agréables. Merci !
Michel N’Diay
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